Présidentielle 2017 – Revenu universel : la facture sera salée

L’Institut Montaigne évalue à 349 milliards d’euros le coût net du revenu universel, la réforme phare de Benoît Hamon. 

D’où vient ce « revenu universel », la mesure-phare de Benoît Hamon qui a rythmé la primaire citoyenne

Le think-tank évalue le coût net de la réforme phare de Benoît Hamon à 349 milliards d’euros. Le candidat du PS a dessiné quelques pistes pour assurer le financement.

Finançable ou pas finançable ? Depuis sa présentation, le projet de revenu universel de Benoît Hamon suscite beaucoup de questions sur les sommes en jeu. L’économiste Thomas Piketty, qui fait désormais partie de l’équipe du candidat du PS, a encore jugé sur BFM « farfelus » les montants évoqués pour cette réforme, affirmant qu’il « ne s’agit absolument pas de dépenser 350 milliards d’euros supplémentaires ». Pour ajouter à la confusion, le projet décrit par cet expert – une allocation d’activité pour les jeunes doublé d’une sorte de prime d’activité réformée – ressemble assez peu à celui qu’on trouve sur le site du candidat.

Difficile de s’y retrouver. L’Institut Montaigne s’est pourtant essayé au jeu pour le compte des « Echos », Europe 1 et TF1. Il a tenté d’en évaluer le coût en tenant compte des pistes de financement évoquées par Benoît Hamon. Cela donne une facture de 349 milliards d’euros. Quasiment le montant « farfelu » évoqué par Thomas Piketty.

Différentes étapes

Pour aboutir à ces montants, le think-tank d’inspiration libérale a cheminé à travers les différentes étapes évoquées par Benoît Hamon . La première consiste en une majoration du RSA socle de 514 euros par mois à 600 euros, et du versement des mêmes 600 euros à tous les jeunes de 18 à 25 ans. Ce premier pas peut être évalué entre 37,9 et 44,7 milliards, soit une fourchette proche du montant évoqué par Benoît Hamon lui-même.

A la suite d’une grande conférence citoyenne, le candidat du Parti socialiste veut ensuite instaurer ce revenu universel de 600 euros à l’ensemble de la population. On serait alors proche d’un coût brut de 372 milliards, susceptible d’être ramené à 260 milliards si l’on se limite aux personnes gagnant moins de 2.000 euros comme Benoît Hamon l’a un temps évoqué.

La dernière étape, pas forcément prévue pour le prochain quinquennat, serait de porter le revenu universel à 750 euros. Alors le coût brut flambe 464 milliards (325 milliards si son versement est conditionné).

Réforme profonde du système de protection sociale

En face de ces sommes vertigineuses, Benoît Hamon a également dessiné quelques pistes pour assurer le financement de ce projet phare de sa campagne. Cela passera notamment par une réforme profonde du système de protection sociale, souvent redondant avec le revenu universel. La suppression du RSA, de l’allocation spécifique de solidarité, de la prime d’activité, et des allocations logement pourrait permettre de dégager 35 milliards, montant qui peut être revu à 79 milliards « si l’on supprime également l’ensemble des prestations familiales et le quotient familial », selon l’Institut Montaigne. Celui-ci a aussi tenu compte de la réforme de la fiscalité du candidat (individualisation de l’impôt sur le revenu et suppression de niches fiscales) et de gains de la lutte contre l’évasion fiscale.

Au total, le think-tank estime que ces diverses pistes permettent d’espérer dégager entre 41 milliards et 159 milliards d’euros de recettes nouvelles. Cela ferait reculer le coût du revenu universel de 750 euros par mois à une fourchette comprise entre 305 et 424 milliards (213 et 297 milliards en cas de conditions de ressources), soit un montant médian de 349 milliards.

De quoi relancer le débat sur son financement.

Source : Les Echos

C’est quoi le revenu universel ?


Qu’on l’appelle « revenu universel », « revenu de base », « allocation universelle », « revenu inconditionnel » ou encore « salaire à vie », le principe du revenu universel est assez simple : il doit assurer à chacun un revenu minimum suffisant pour vivre. Selon le Mouvement français pour un revenu de base (MFRB), le revenu universel doit être versé que l’on travaille ou non, que l’on soit salarié, lycéen ou retraité, et quelle que soit la situation financière de son foyer. Il peut être cumulable avec un salaire, doit être versé automatiquement, de manière permanente, de la naissance à la mort. En gros, tout le monde y a droit toute la vie, les petits revenus comme les gros.

Et ça change quoi par rapport au RSA ?

Ce n’est pas du tout la même chose ! Le versement du revenu de solidarité active est défini selon des critères très précis : l’âge, le statut, les revenus… En France, une personne peut toucher le RSA à partir de ses 25 ans. Il est possible de le demander à partir de 18 ans en ayant exercé une activité à temps plein durant au moins 2 ans sur les 3 dernières années ou en ayant un enfant, rappelle le site de la Caisse d’allocations familiales. Le montant attribué dépend des ressources du demandeur : il varie de 535 à environ 1 300 euros. Et surtout, il faut en faire la demande pour en bénéficier.

Mais ça sort d’où cette idée ?

L’idée d’une allocation universelle émerge dès le XVIe siècle, sous la plume du philosophe Thomas More dans son ouvrage L’Utopie. L’auteur y imagine une île où chacun serait assuré de sa survie sans avoir à dépendre de son travail, rappelle Le Monde. Deux siècles plus tard, en 1797, le Britannique Thomas Paine défend dans La Justice agraire, l’idée d’un fonds alimenté par les propriétaires terriens afin de verser à chaque individu un revenu minimum à sa majorité.

Au XXe siècle, cette idée de revenu de base est reprise par les théoriciens de la justice, comme le philosophe américain John Rawls, qui plaide pour « l’égalité réelle des chances » et soutient l’idée que les gouvernements doivent garantir un « revenu social minimum ». En France, le philosophe Michel Foucault le défend dans les années 1970, notamment parce qu’il permettrait de libérer les individus du contrôle permanent de l’Etat.

L’idée du revenu universel n’est ni de droite, ni de gauche. Ses plus ardents défenseurs se trouvent chez les économistes libéraux, parmi lesquels Milton Friedman, le fondateur de l’Ecole de Chicago. En 1962, dans son ouvrage Capitalisme et liberté, l’économiste développe la théorie du « revenu permanent », qui permettrait aux individus de mieux anticiper leur consommation, et serait un moyen de simplifier les aides sociales et d’alléger le rôle de l’Etat.

 

 

Petite histoire d’une grande idée : la filiation idéologique du revenu universel par Eva Quéméré – 25 Septembre 2016

 

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