Insolite : Que trouve-t-on dans les caveaux du Panthéon ?

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La « patrie reconnaissante » n’accueille-t-elle au Panthéon que les dépouilles des « grands hommes » ? Pas si simple.

Vides. Les cercueils de Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz ne contiendront qu’une poignée de terre prélevée sur leur tombe quand elles sont entrées, mercredi 27 mai, au Panthéon, en même temps que deux autres résistants, Pierre Brossolette et Jean Zay. Leurs proches ont refusé que leurs corps quittent le cimetière familial. Il n’y aura donc pas, à proprement parler, transfert des cendres puisqu’elles ne seront pas inhumées dans l’imposant bâtiment.

Une exception ? Pas tant que ça. Car il y a eu bien des accommodements avec le protocole, depuis que l’église Sainte-Geneviève est devenue en 1791 le temple de la République. Avec l’aide, précieuse, de Pascal Monnet, administrateur du Panthéon (et de l’Arc de triomphe), passage en revue de ce qui reste des « grands hommes » dans cette vaste sépulture nationale.

Des corps plus ou moins bien conservés

Avant la cérémonie du 27 mai, ils étaient 73 à être inhumés dans l’un des 26 caveaux de la crypte (en règle générale, quatre corps par caveau, chacun pouvant accueillir jusqu’à douze dépouilles). Mais les corps s’y trouvent-ils réellement ? « Il est bien difficile de dire ce que contient chaque caveau, sourit Pascal Monnet. Aucune expertise n’a jamais été faite. Pour Voltaire et Rousseau, cela demeure un mystère. Quelques ossements ont été constatés à la fin du XIXe siècle, mais sans savoir si c’était bien ceux des deux grands philosophes exhumés presque quinze ans après leur décès. »

Sous l’Empire, où la panthéonisation était souvent immédiate, la plupart des corps ont bien été déposés dans le monument. Et ensuite ? « Des ossements sont bien présents, mais à des niveaux très variables selon la date d’exhumation. Pour Marie Curie, par contre, le corps est pratiquement intact, voire presque momifié en raison des rayonnements qu’elle a reçus durant ses expériences. Le cercueil est d’ailleurs enveloppé de plusieurs couches de plomb. »

 Petite curiosité : deux des inhumés, Sophie Berthelot et Marc Schoelcher, sont pratiquement des intrus. Ils ne figurent sur aucun décret de panthéonisation (et ne sont donc pas « honorés » au Panthéon), mais y accompagnent un proche. Morte quelques heures avant son mari, le chimiste Marcellin Berthelot (1827-1907), Sophie a été inhumée avec lui en 1907. Et, en 1949, les cendres de Victor Schoelcher (1804-1893), figure marquante de la lutte pour l’abolition de l’esclavage, ont été transférées au Panthéon avec celles de son père Marc, dont il ne voulait pas être séparé.

Un cercueil vide

Un cercueil vide ? C’est le cas de celui du marquis Nicolas de Condorcet (1743-1794), entré au Panthéon en 1989 lors de la commémoration du bicentenaire de la Révolution française, sous François Mitterrand. Son corps, en effet, n’a jamais été retrouvé.

Arrêté en mars 1794 après la chute des Girondins, le philosophe des Lumières est mort deux jours plus tard à la prison de Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine) où il était détenu. Il a alors été enterré dans une fosse commune de la ville. Deux siècles plus tard, la recherche de ses ossements en vue du transfert s’est révélée infructueuse. Son tombeau est donc vide.

Des cendres pas toujours identifiées

Qui a oublié le discours du ministre de la Culture de Charles de Gaulle, André Malraux, le 19 décembre 1964 ? « Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. » Oui, mais qui est vraiment entré ce jour-là au Panthéon ? Le préfet torturé par la Gestapo est « décédé dans le train qui l’emmenait en Allemagne et son corps a été incinéré », rappelle Pascal Monnet. Ce sont donc, mêlées de sable, les cendres « présumées » du résistant qui se trouvent dans son cercueil.

Comment ont-elles été récupérées ? A la Libération, explique Le Monde, Laure, la sœur de Jean Moulin, découvre « une note manuscrite qui ordonne le 9 juillet 1943 l’incinération immédiate d’un ressortissant français décédé en territoire allemand », avec un numéro, 10137. La famille découvre alors au cimetière parisien du Père-Lachaise une urne avec ce numéro, sans mention de nom. Ce sont ces cendres qui sont au Panthéon.

 m_167595840_0Source INA – Le général de Gaulle entouré de Georges Pompidou (à sa gauche), d’André Malraux (à sa droite), et de nombreuses personnalités rendent un dernier hommage à Jean Moulin lors du transfert de ses cendres au Panthéon, à Paris, le 19 décembre 1964.

 Des urnes contenant un cœur

Comment réconcilier vœu d’inhumation familiale et volonté nationale d’honorer un mort ? En morcelant le corps. « L’idée de l’urne avec le cœur, explique Pascal Monnet, correspond à ce que l’on faisait, du temps de la monarchie, lorsqu’on mettait une partie du corps du roi dans une église » (comme l’explique Le Point, le roi était enterré à la basilique de Saint-Denis, mais il donnait son cœur à une congrégation de son choix). « La partie du corps qui figure au Panthéon symbolise le personnage reconnu par la nation », résume Pascal Monnet.

« L’exemple le plus célèbre, poursuit-il, est celui de Léon Gambetta (1838-1882), transféré au Panthéon le 11 novembre 1920, le jour où le ‘soldat inconnu’ était inhumé à l’Arc de triomphe. » La dépouille de l’ancien président du Conseil est enterrée à Nice, mais son cœur repose dans une urne placée dans une niche de l’escalier descendant à la crypte du Panthéon.

 Panthéon_Léon_GambettaL’urne contenant le cœur de Léon Gambetta, au Panthéon.

 Un corps sans les mains

Si Léon Gambetta et, avant lui, plusieurs personnalités sous l’Empire ne sont représentés que par leur cœur au Panthéon, à l’inverse, Louis Braille (1809-1852), l’inventeur de l’écriture tactile pour les aveugles, est bien inhumé au Panthéon, mais sans ses mains. Celles-ci, qui avaient aidé cet homme atteint de cécité dès l’enfance à perfectionner son ingénieux système, sont déposées dans le caveau familial à Coupvray (Seine-et-Marne).

Une plaque ou une inscription

Ils ne sont que 71 (pour l’instant) à être officiellement « honorés » au Panthéon, mais plus de mille à avoir leur nom inscrit dans le bâtiment. Dans la nef figure la liste de 550 noms d’écrivains combattants « morts pour la France » en 14-18 (dont le poète Charles Péguy). La liste des écrivains combattants de la seconde guerre mondiale est moins fournie, avec 150 noms. Dont ceux des résistants Jean Zay (1904-1944) et Pierre Brossolette (1903-1944), transférés le 27 mai au Panthéon. Ils seront donc représentés deux fois dans le tombeau officiel des « grands hommes ».

Autre forme commémorative qu’affectionne « la patrie reconnaissante » : des plaques dédiées à des personnalités. Sur celle de l’aviateur et écrivain Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944), on peut lire : « Poète romancier aviateur disparu au cours d’une mission de reconnaissance aérienne le 31 juillet 1944. » Dans la crypte, une autre rappelle la mémoire du héros de l’indépendance haïtienne Toussaint Louverture (1743-1803), mort à la prison du fort de Joux, dans le Doubs.

Enfin, le 6 avril 2011, le président de la République, Nicolas Sarkozy, a rendu au chantre de la négritude Aimé Césaire un hommage matérialisé par une inscription en son honneur, qui se conclut par ces quelques vers : « J’habite une blessure sacrée/J’habite des ancêtres imaginaires/J’habite un vouloir obscur/J’habite un long silence/J’habite une soif irrémédiable. » La famille du poète antillais avait refusé que sa dépouille quitte la terre martiniquaise à laquelle il était tant attaché.

L’hommage peut aussi être collectif. En 2007, le président de la République, Jacques Chirac, et l’ancienne ministre de la Santé Simone Veil (qui fut déportée à Auschwitz à 16 ans) ont ainsi inauguré une plaque dédiée à 2 700 « Justes », ces Français qui ont sauvé des juifs pendant la seconde guerre mondiale.

 cesaire-plaque_galleryphoto_paysage_stdLa plaque en l’honneur du poète Aimé Césaire inaugurée le 6 avril 2011 par le président de la République, Nicolas Sarkozy. 

 Bientôt de la réalité augmentée ?

Reconnaissons-le : le musée n’est pas encore passé au XXIe siècle. Mais le président du Centre des monuments nationaux, Philippe Bélaval, plaide en ce sens dans un rapport rendu en octobre 2013 au président de la République, et intitulé : Pour faire entrer le peuple au Panthéon.

Comment dépoussiérer cette sépulture républicaine où nombre de familles (Camus, Césaire, Tillion…) ne veulent plus transférer leurs morts ? Philippe Bélaval suggère de se doter d’outils numériques dignes de ce nom. Une courte note biographique près de chaque caveau et, à proximité, des livres numériques offrant des biographies beaucoup plus complètes. Ou encore des dispositifs de réalité augmentée, comme une application à télécharger sur mobile ou tablette permettant de reconstituer l’aspect de tel ou tel élément architectural du Panthéon et de suivre son évolution à travers les époques. Avec un bémol : ne pas transformer le lieu en parc à thème. Ce qui jurerait avec la vocation première du monument. Funéraire, rappelons-le, et d’une capacité de 300 places. S’il reste des candidats…

 

Source France Info
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