Le schéma pour comprendre comment sont élaborés les programmes scolaires

le-haut-parleurlLe projet de réforme des programmes porté par Najat Vallaud-Belkacem suscite de nombreuses critiques.  

Résumons le processus d’élaboration de ces nouveaux programmes.

C’est la polémique du moment. Une consultation nationale d’un mois a été lancée lundi 11 mai sur la réforme des programmes de l’école et du collège portée par la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem. Les professionnels de l’enseignement, toutes matières confondues, sont ainsi appelés à donner leur avis sur les propositions émises par le Conseil supérieur des programmes (CSP). Une plateforme permet également au grand public d’apporter sa contribution.

gaston-pschitt1Mais ce n’est qu’une participation consultative ! Sans effet, ni résultat. 

Depuis la présentation de son projet, début mars, la ministre de l’Education essuie les critiques de la classe politique et du corps enseignant. Le président du Conseil supérieur des programmes a lui-même reconnu des erreurs.

Discutons, … pourquoi puisque la décision est prise.

L’occasion de vous expliquer comment sont conçus ces programmes !

Pour ou contre la réforme du collège, les principaux arguments passés au crible.

Entre les critiques des opposants à la réforme et les mises au point du gouvernement, difficile de faire le tri.

Décryptons quelques déclarations pour y voir plus clair.

La ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, défend sa réforme lors des questions au gouvernement, le 12 mai 2015, à l’Assemblée nationale.

La réforme du collège et la refonte des programmes est toujours sous le feu des critiques. Alors que le gouvernement a lancé une consultation nationale, lundi 11 mai, pour permettre aux enseignants de donner leur avis sur la première version des nouveaux programmes scolaires, proposée par le Conseil supérieur des programmes (CSP), le débat s’envenime un peu plus chaque jour.

O

Entre affirmations hâtives, arguments contestables et raccourcis, difficile de s’y retrouver.240_F_65477540_Gux61dHhI6GWumwz0ZNMDJkzUSUKQiFX

Pour y voir plus clair, voici plusieurs déclarations de politiques et d’intellectuels prononcées ces derniers jours.

 Manuel Valls : « La réforme ne remet pas en cause l’enseignement du latin et du grec »

Pourquoi ce n’est pas si simple. Les options latin et grec – jusque-là matérialisées par des cours spécifiques hebdomadaires – n’existeront plus dans leur forme actuelle. Ces langues anciennes, accusées par le ministère de l’Education nationale de favoriser l’élitisme, seront remplacées par un enseignement pratique interdisciplinaire (EPI), intitulé « langues et cultures de l’Antiquité », explique Le Monde. Adieu les déclinaisons et le vocabulaire à apprendre par cœur : les langues anciennes seront remises dans leur contexte à travers des cours d’histoire et de français.

Une option dédiée à la langue latine et à la langue grecque sera cependant proposée en complément, à ceux qui le souhaitent. Il s’agira d’une heure hebdomadaire en 5e, et de deux heures en 4e et 3e, soit une heure de moins par rapport au dispositif actuel. Or, Le Monde souligne que ces cours seront absents de la grille horaire et ne bénéficieront pas de financements spécifiques. Ce sera donc aux établissements de choisir s’ils les conservent ou non. Toutefois, pour calmer les inquiétudes, la ministre de l’Education a saisi, mercredi 13 mai, le CSP, qui devra élaborer le programme d’enseignement de ces disciplines dans le nouveau cadre du collège. Il devra remettre ses propositions à la mi-octobre.

Nicolas Sarkozy : « L’histoire des Lumières va devenir un enseignement facultatif »

Pourquoi c’est vrai. Dans le nouveau programme de classe de 4e proposé par le CSP, le module « Sociétés et cultures au temps des Lumières » est, en effet, facultatif, tandis que le thème « Un monde dominé par l’Europe : empires coloniaux, échanges commerciaux et traites négrières » devient obligatoire.

Le choix du CSP de classer certaines périodes de l’histoire dans des modules facultatifs suscite de nombreuses critiques. Mais face à la fronde, la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a rappelé, dans un entretien au JDD, que ces programmes ne sont pas définitifs, et qu’elle allait réunir « prochainement des historiens de renom comme Pierre Nora, Jean-Pierre Azéma et bien d’autres, pour que le travail en cours bénéficie de leur regard et de leur expertise ».

François Fillon : « En 5e, il est obligatoire d’étudier l’islam »

Pourquoi c’est vrai, mais… Dans les nouveaux programmes, l’enseignement de l’histoire de l’islam est effectivement présenté comme un « module obligatoire » en classe de 5e, tandis que « l’histoire de la chrétienté au Moyen Age » devient un thème facultatif.

Néanmoins, François Fillon omet un point important : l’enseignement des « débuts du christianisme », tout comme celui sur les « débuts du judaïsme », sont obligatoires en 6e. Le CSP rappelle également que l’enseignement de l’histoire de l’islam n’est pas une nouveauté, puisqu’il est déjà au programme des élèves de 5e depuis des années.

Luc Ferry : « On est dans l’Europe de la repentance »

Pourquoi cela fait débat. Pour certains intellectuels et politiques, comme le philosophe et ancien ministre de l’Education Luc Ferry, les nouveaux programmes accordent trop d’importance aux pages culpabilisantes de l’histoire de France. « L’Europe n’est présentée que sous les aspects de la colonisation et la traite négrière », résume-t-il.

Une vision « partisane et idéologique », selon le président du CSP, Michel Lussault, joint par francetv info. Pour lui, « la polémique est plutôt le symptôme de la déliquescence du débat politique contemporain. La lucidité par rapport aux faits, ça ne signifie pas se repentir. » « Nous sommes sur une ligne de fracture qui dépasse l’enseignement de l’histoire, analyse de son côté Colombe Brossel, secrétaire nationale à l’Education et à la formation. Dans ce débat, ce sont deux visions qui s’opposent sur la question de ce que doit être le collège. Il est, de plus, inutile de tomber dans un débat caricatural, alors que les programmes, soumis à la concertation, sont amenés à évoluer. »

Najat Vallaud-Belkacem : « Nous élargissons la logique des classes bilangues à plus d’élèves »

Pourquoi ce n’est pas si simple. La plupart des collégiens vont effectivement pouvoir bénéficier de plus d’heures de langues étrangères, et ce dès 2016. Car l’apprentissage d’une seconde langue vivante commencera dès la 5e, et non plus à partir de la 4e. En tout, les collégiens bénéficieront, de la 6e à la 3e, de 54 heures de cours de langue supplémentaires.

En revanche, avec la suppression des classes bilangues – où l’on apprend deux langues vivantes dès la 6e – les 15% d’élèves qui en bénéficient actuellement voient leur nombre d’heures d’enseignement de langue diminuer. Même sort pour les sections européennes, qui permettent aux collégiens de 4e et 3e de bénéficier de certains cours, comme l’histoire, en langue étrangère. Un choix guidé par une volonté de mixité sociale de la part du gouvernement, mais considéré comme un nivellement par le bas, selon les opposants au projet.

Pascal Bruckner : « On supprime le latin, le grec 
et l’allemand pour leur donner du Jamel Debbouze »

Pourquoi c’est faux. Comme expliqué précédemment, ni le latin, ni le grec, ni l’allemand, ne disparaissent du collège. Quant aux « cours Jamel Debbouze », évoqués par le romancier et essayiste Pascal Bruckner, ils font référence à une idée évoquée par Manuel Valls dans une interview au magazine culturel l’Oeil (article payant), repérée par Le Lab d’Europe 1.

« La réforme des rythmes éducatifs est une réelle opportunité dont il faut se saisir (…). Pourquoi ne pas intégrer, dans nos écoles, l’art de l’improvisation que porte Jamel Debbouze ? », s’était interrogé le Premier ministre, dans cet entretien paru courant avril. Une idée reprise par la ministre de l’Education, qui estime que « l’improvisation théâtrale est une activité extrêmement intéressante, y compris pour mieux maîtriser la langue française« . Mais pas question d’en faire une épreuve du brevet. Pour l’heure, l’improvisation concernerait uniquement les activités périscolaires.

Alain Finkielkraut : « Le néant s’habille en jargon »

Pourquoi c’est vrai. Le philosophe et écrivain Alain Finkielkraut a fait référence dans une interview donnée au Figaro, au jargon technique utilisé pour les nouveaux programmes scolaires, qui a alimenté les moqueries ces derniers jours, notamment concernant l’EPS. Il est par exemple question de « traverser l’eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête » dans un « milieu aquatique profond standardisé », pour parler… du cours de natation.

Sur ce point, Najat Vallaud-Belkacem a affirmé, le 5 mai sur Europe 1, que les programmes allaient être « vulgarisés ». « Je suis contre le jargon, les parents doivent comprendre ce qui est attendu de leurs enfants », a insisté la ministre de l’Education, invitant le CSP à revoir sa copie sur ce point.

Faut-il voir dans la réforme du collège un nivellement par le bas ou une lutte plus efficace contre les décrochages et les inégalités scolaires?

A l’approche de la journée de mobilisation contre la réforme du 19 mai, le débat s’envenime.

– L’excellence n’est pas l’apanage d’une classe sociale, par Stephan Martens, professeur des universités et ancien recteur de l’académie de la Guadeloupe. L’idée que les humanités classiques et les classes bilingues sont élitistes est une absurdité. Contre l’esprit de cette réforme, l’effort et le mérite doivent concerner tous les élèves.
– Halte à l’élitisme conservateur ! (par un collectif de signataires parmi lesquels l’historien Benjamin Stora, la responsable du pôle Education de Terra Nova Maya Akkari ou le sociologue Christian Baudelot), La réforme du collège fait face à une opposition de principe qui ne s’intéresse guère à la réalité des mesures annoncées. La polémique ignore l’essentiel, la lutte contre l’échec scolaire.
– La réforme du collège garantit la mission républicaine de l’école, par Najat Vallaud-Belkacem. La ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche appelle à remettre la méritocratie au cœur du dispositif pour que tous les élèves progressent, y compris les meilleurs.
– L’antiquité et les monothéismes, par Danièle Sallenave (académicienne). La réforme du collège devrait réduire le temps consacré à l’enseignement de la culture antique. Ce choix est d’autant plus regrettable que le monde construit par les Grecs et les Romains était réfrectataire au dogmatisme religieux qui nous menace aujourd’hui.
– « La suppression des classes bilangues ne renforcera pas nécessairement l’égalité » : Susanne Wasum-Rainer, ambassadrice d’Allemagne en France, s’inquiète de la disparition des classes bilangues et des sections européennes, actée dans la réforme du collège. Elle rappelle que l’esprit des traités bilatéraux entre la France et l’Allemagne donne à l’enseignement de leur langue respective une dimension importante (propos recueillis par Séverin Graveleau).

Source France Info - Le Monde
Publicités

A propos Le Haut Parleur

Ce site communautaire est un site d’entre-aide, un site d’information citoyenne, un forum de communication où l’on trouvera les informations sur l'actualité / des conseils / bons plans, ...
Cet article, publié dans Démocratie locale, est tagué , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Merci de votre contribution

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s