A défaut d’action, la compassion

L’Etat nounou est de plus en plus la forme privilégiée par les démocraties médiatiques. La politique s’y résume en une gestion de l’image du pouvoir. Celui-ci doit être proche des gens et semblable à la plupart d’entre eux. C’est l’astuce d’Obama, l’homme le plus puissant du globe, mais qui va dans les boutiques ou les cafétérias comme tout le monde et s’excuse s’il doit resquiller un peu dans les queues.

La proximité compassionelle est la première des règles. Dès qu’un malheur revêt un dimension un peu collective, le pouvoir incarné au plus haut niveau doit être présent et participer à l’émotion. Les absences ou les distances ne pardonnent pas. Un ministre de la Santé qui commente, en pull, les effets dévastateurs de la canicule sur les personnes âgées, un Président qui se contente de survoler les inondations de la Nouvelle-Orléans, sont des fautes inexpiables. Schröder fut réélu pour avoir chaussé ses bottes lors des inondations allemandes…

HLD

La proximité compassionelle est la première des règles. Dès qu’un malheur revêt un dimension un peu collective, le pouvoir incarné au plus haut niveau doit être présent et participer à l’émotion. Les absences ou les distances ne pardonnent pas. Un ministre de la Santé qui commente, en pull, les effets dévastateurs de la canicule sur les personnes âgées, un Président qui se contente de survoler les inondations de la Nouvelle-Orléans, sont des fautes inexpiables. Schröder fut réélu pour avoir chaussé ses bottes lors des inondations allemandes…

Le Président dont l’action politique proprement dite semble vouée à un insuccès certain tente de reconquérir l’opinion en optant pour l’animation de cellules de soutien psychologique. On ne peut a priori lui reprocher.

Tandis que les chiffres du chômage soulignent une fois encore le contre-sens de la politique française, des accidents endeuillent nombre de familles françaises.

Le Président de la République a tenu des discours compassionnels et s’est fait l’organisateur principal de la réaction face à ces drames. Celle-ci sur tous les plans semble à la hauteur et il faut s’en féliciter. Le déploiement rapide des moyens après la catastrophe aérienne du Mali et le soutien aux familles des victimes parai@ssent répondre à l’attente.

Pour autant, il faut s’interroger sur l’exercice de communication dont on souligne ici et là la réussite et l’évolution de la fonction présidentielle.

Une monarchie constitutionnelle sépare bien les rôles. Le Monarque peut s’identifier à l’émotion collective puisqu’il incarne l’unité nationale. Il n’a aucune arrière-pensée électorale. Le Premier ministre qui anime la majorité est jugé sur sa politique et non sur son aptitude à l’empathie. Il est clair que l’ambivalence du Président français qui est élu par une partie de la population, mais doit représenter l’ensemble, lui permet de jouer sur les deux tableaux.

Aujourd’hui, alors que l’échec de la politique pour laquelle il a été élu est patent, François Hollande a changé en partie celle-ci, et met désormais l’accent sur son rôle de monarque républicain. Il a pour cela deux fers au feu : la mise en scène des commémorations et l’investissement personnel dans les émotions collectives.

hollandieCette lecture de la fonction est une trahison de la Ve République.

 

Le Président, c’est avant tout l’homme de l’orientation du pays dans le long terme aux antipodes de la gestion des émotions collectives au jour le jour.

Après la catastrophe aérienne du Mali, un message était nécessaire. Le Président devait-il être en première ligne pour le reste ? En serait-on revenu à l’omni-présidence cette fois plus par souci de reconquête que par volonté d’accaparement ?

UnknownCe dont la France a besoin aujourd’hui, c’est d’un appel au courage et au risque, non d’un surcroît de l’accompagnement compassionnel, même lorsque celui-ci est habilement géré, et cet appel devrait venir du Président.

Louis XVI était un honnête homme qui a essayé de faire de son mieux pour son pays, mais qui n’a pas réussi à comprendre l’ampleur du mécontentement populaire, qui n’a pas su maîtriser son entourage et a fini par devenir un personnage tragique, victime de forces qu’il n’était pas prêt à affronter. François Hollande devrait se méfier d’un tel destin.

Source Voltaire
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